Au travers est une installation réalisée pour et avec le Musée départemental de Gap depuis 2005.
La dernière étape de ce travail a été exposée du 21 juin au 30 septembre 2007.
Un catalogue a été publié à cette occasion.
VOIR AU TRAVERS
Depuis la fin des années 90, Manuel Salvat propose une idée de la ville comme organisme proliférant, dont il désigne chaque élément, chaque cellule. Ce travail multi-couches présente diverses entrées.
S’il pose un regard sur les formes architecturales qui nous abritent, il les utilise également comme support de réflexion sur la communauté humaine que constituerait la cité, en dépit des obstacles que devraient représenter les murs, les cloisons.
Voir au travers, c’est aussi les traverser pour aller chez les autres : une grande utopie de la fraternité, que Manuel Salvat ne sait possible que dans ses mondes re-fabriqués.
Passant au travers des murs, relayés par des représentations de pylônes ou de réels petits boîtiers électriques, les fils noirs qui parcourent l’espace nous parlent de lien et de paradoxe, de la façon dont nous sommes irrémédiablement reliés, du fait, entre autres, de nos ressemblances, ou des incidences de nos actes, et dans le même temps enfermés, cloisonnés, l’esprit dans le corps, le corps dans la cellule d’habitation.
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Mais Manuel Salvat pratique aussi un certain art du brouillage. Il installe - ou laisse s’installer- tout un univers urbain entre les murs du musée, une multitude d’immeubles, miniaturisés comme pour pouvoir les contraindre à rentrer dans cet unique contenant. Il fait ainsi paraître celui-ci surdimensionné, accueillant maintenant esplanades, terrains vagues, avenues, autoroutes.
Dans une de ces surfaces non délimitées, qu’on on aura pris le temps d’appréhender, on trouvera au sol un Angle, morceau d’espace prélevé dans un appartement -sol et murs photographiés et agrandis à l’échelle 1- comme découpé, emprunté à un espace intime et déposé maintenant dans l’enceinte publique du musée.
Les Angles, et les Meubles-immeubles, objets hybrides de représentation d’immeuble et de piétement de mobilier d’intérieur, contribuent à opérer ce brouillage des frontières, ce jeu sensitif et mental d’aller-retour entre intérieur et extérieur, espace intime et espace public.
A certains endroits, devant les Immeubles producteurs, quelque chose se passe...un tremblement d’habitations ou l’émergence d’une bande son composite de métro et de frigidaires. Quelque chose est advenu...des immeubles ont vomi des substances, fabriqué des matières. Comme s’il voulait renforcer l’illusion d’une autonomie des objets qu’il fabrique et arrange, croire qu’ils sont habités d’une vie miniature. S’agirait-il là d’une production collective des habitants de l’immeuble ? D’une énergie propre à celui-ci ?...
Angèle Assia